Réchauffement climatique : le seuil de 1,5 °C, une question de vie ou de mort pour des milliards d’humains

Mettre en œuvre des mesures de décarbonation de nos économies va coûter cher. C’est une certitude. Mais ne pas les mettre en œuvre pourrait bien coûter encore plus cher. Y compris en vies humaines !

L’objectif de l’Accord de Paris sur le climat, nous le connaissons tous désormais. Mais pour ceux qui ont besoin d’une petite piqûre de rappel, sachez qu’il est de limiter le réchauffement climatique anthropique bien en dessous de +2 °C par rapport à l’ère préindustrielle. De préférence, en dessous de +1,5 °C. Pourtant, les politiques actuelles en sont assez loin. Les scientifiques estiment qu’elles nous mèneront à un réchauffement au moins égal à +2,7 °C d’ici la fin de notre siècle.

Une nouvelle étude s’inquiète des conséquences qu’un tel dépassement pourrait avoir sur la population humaine. Il est en effet établi que, même si un pic de densité de population humaine apparaît dans des régions où la température moyenne est de l’ordre de 27 °C, la véritable « niche climatique humaine » semble se situer autour des 13 °C. La densité des cultures et du bétail culmine aussi à cette température. Tout comme les richesses.

Une équipe dirigée par des chercheurs de l’université d’Exeter (Royaume-Uni) rappelle ainsi que 600 millions de personnes dans le monde — soit environ 9 % de la population — expérimentent déjà la vie sous une chaleur jugée dangereuse. Comprenez, à des températures moyennes de 29 °C ou plus.

Car à des températures trop élevées, des travaux montrent que la mortalité augmente, la productivité au travail et les performances cognitives diminuent, les grossesses sont plus difficiles, les apprentissages deviennent compliqués, les rendements des cultures baissent, les conflits augmentent et les maladies infectieuses se développent.

Un prix à payer conséquent et inégal
Avec un réchauffement de +2,7 °C, les chercheurs montrent que pas moins de 2 milliards d’individus sur Terre seraient exposés à ces risques. C’est l’équivalent de 22 % de la population mondiale projetée en 2100. Les chercheurs notent même que si les « scénarios du pire » — un réchauffement de plus de +3 ou +4 °C — devaient se produire, ce serait jusqu’à la moitié de la population qui se retrouverait propulsée en dehors de sa « niche climatique ».

De quoi placer l’humanité face à un « risque existentiel ». En revanche, un réchauffement climatique anthropique limité à +1,5 °C n’exposerait pas plus de 5 % de la population mondiale. Et réduirait ainsi drastiquement le coût humain des changements en cours.

L’étude souligne aussi une fois de plus l’iniquité du changement climatique. Car les personnes qui seront les plus exposées à la chaleur en 2100 vivent dans des régions qui comptent aujourd’hui pour environ la moitié seulement des émissions moyennes. Le Burkina Faso, le Mali et le Nigeria par exemple.

Les chercheurs avancent plus généralement que pour chaque 0,1 °C de réchauffement au-dessus des niveaux actuels, environ 140 millions de personnes supplémentaires seront exposées à une chaleur dangereuse. Mais ils assurent aussi que rien n’est encore joué. Que des mesures immédiates et décisives pour réduire les émissions de gaz à effet de serre peuvent aider. Et que ceux identifiés comme des points de basculement positifs il y a plus de deux ans maintenant peuvent permettre d’accélérer la décarbonation de nos économies.

futura

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