Les médicaments contre l’allergie ruineraient les bénéfices du sport

Vous prenez des médicaments contre le rhume des foins avant d’aller courir dans les champs ? Mauvaise idée : selon une nouvelle étude, les antihistaminiques vous font transpirer pour rien en sabotant les bénéfices du sport sur le système cardiovasculaire ou la glycémie, ou la récupération.

S’entraîner régulièrement améliore les performances sportives. Sauf quand vous êtes allergique au pollen et que vous prenez des médicaments. Des scientifiques de l’université de Gand en Belgique et de l’université de Copenhague au Danemark ont fait une découverte surprenante : les antihistaminiques, couramment prescrits contre le rhume des foins ou l’urticaire, sabotent certains des bénéfices de l’exercice physique. Ces médicaments réduisent par exemple de 35 % l’augmentation du flux sanguin vers les muscles pendant l’effort.

« L’exercice aérobie produit une puissante action préventive dans les maladies cardiovasculaires, métaboliques et chroniques », explique Wim Derave, physiologiste du sport à l’université de Gand et principal auteur de l’étude parue dans Science Advances. « Or, le blocage des récepteurs de l’histamine empêche ces adaptations microvasculaires et mitochondriales. Par conséquent, l’amélioration des capacités sportives, du contrôle glycémique et la fonction vasculaire sont amoindries », détaille le scientifique.

Le saviez-vous ?

Les antihistaminiques ciblant les récepteurs H1 sont généralement à base de cétirizine, de loratadine et de desloratadine. Ils sont notamment indiqués dans les rhinites, la conjonctivite ou encore les urticaires allergiques. Les antihistaminiques H2 agissent sur les récepteurs localisés au niveau de la muqueuse gastrique, responsables de l’acidité gastrique. Ils sont principalement utilisés dans les reflux gastro-œsophagiens.

L’histamine, un puissant médiateur de la réponse adaptative au sport
L’histamine est généralement associée aux réactions allergiques et à la sécrétion d’acide gastrique, mais ces dernières années, des recherches ont montré que le blocage des récepteurs H1 et H2 de l’histamine réduit le flux sanguin musculaire après l’exercice, empêchant ainsi une bonne récupération.

Le blocage des récepteurs de l’histamine modifie également la transcription d’environ un quart des gènes, qui sont exprimés différemment après l’exercice, avance le physiologiste John Halliwilli, non impliqué dans l’étude.

Les récepteurs H1 et H2 de l’histamine jouent un rôle clé dans la vascularisation musculaire, la sensibilité à l’insuline et la capacité aérobie. © Ulia Koltyrina, Adobe Stock

Pour mieux observer les effets de l’histamine, 20 hommes ont été soumis à un programme d’entraînement par intervalles de haute intensité trois fois par semaine pendant six semaines.

“Les volontaires prenant des antihistaminiques faisaient autant d’efforts que les autres mais n’en ont pas retiré les mêmes bénéfices”

Une heure avant chaque séance, la moitié d’entre eux a reçu des médicaments bloquant les récepteurs H1 et H2 de l’histamine, et l’autre moitié un placebo. Après les six semaines, les volontaires du premier groupe ont connu une amélioration physiologique significativement moindre que ceux du groupe placebo, notamment sur le métabolisme du glucose, la capacité des mitochondries à produire de l’énergie ou encore la formation de nouveaux capillaires.

« Les volontaires prenant des antihistaminiques transpiraient tout autant, faisaient autant d’efforts que les autres, mais n’en ont pas retiré les mêmes effets bénéfiques », explique Wim Derave au site Inverse.

Sport et médicaments ne font pas toujours bon ménage
Alors faut-il arrêter tout traitement antiallergique lorsqu’on est sportif ? Il convient de rester prudent. Les chercheurs ont ici utilisé une combinaison de deux types de médicaments (anti-H1 et anti-H2) qui sont rarement pris en même temps, et pas à des niveaux aussi élevés que ceux testés lors de l’expérience (540 mg de fexofénadine et 300 mg de ranitidine – interdit à la commercialisation depuis 2020 – ou 40 mg de famotidine).

« Il est possible qu’avec une adaptation du dosage ou un entraînement plus long, ces effets soient contrecarrés », avancent les auteurs.

Les antihistaminiques ne sont pas les seuls médicaments à interférer avec l’exercice physique. La metformine (utilisée dans le traitement du diabète de type 2 ) ou le resvératrol (un antioxydant extrait du raisin) inhibent également les effets positifs de l’entraînement notamment chez les personnes âgées, selon de précédentes études.

futura

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