Élections législatives au Bangladesh: une formalité pour la Première ministre Sheikh Hasina ?

Près de 120 millions d’électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche 7 janvier 2024 au Bangladesh, pour renouveler leur Parlement. Un scrutin sans suspense, car le principal parti d’opposition le boycotte, après que l’essentiel de ses cadres ont été emprisonnés ces derniers mois. La Première ministre Sheikh Hasina est quasiment certaine de remporter un 4ᵉ mandat consécutif.

Sébastien Farcis, vous êtes notre correspondant en Asie du Sud et vous revenez du Bangladesh. La répression de l’opposition a donc été féroce. Le gouvernement estime toutefois que l’élection peut se tenir sans ce parti. Malgré cela, la Première ministre Sheikh Hasina s’apprête à remporter un nouveau mandat ?

Le principal parti d’opposition du Bangladesh, Nationalist party (BNP), réclame depuis des mois la démission du gouvernement pour organiser des élections sous une administration neutre, car il soutient que le scrutin ne peut être équitable dans les conditions actuelles : le parti de l’Awami League, au pouvoir, a le contrôle sur toute l’administration et la police, ce qui a facilité la fraude électorale en 2018, assure-t-il. Le gouvernement refuse cette proposition, avançant qu’il a renforcé l’indépendance de la commission des élections.

Cette confrontation a connu son apogée le 28 octobre dernier, quand le BNP a organisé une énorme manifestation à Dacca.

La répression a été sévère, les affrontements violents, avec la mort de trois personnes, et les autorités ont arrêté plus de 10 000 partisans de l’opposition, dont les cadres les plus importants du BNP, accusés de meurtre. Ceci alors que certains affirment ne pas avoir participé à cette manifestation. Impossible, dans ces conditions, de mener campagne, et le BNP a préféré boycotter le scrutin en signe de protestation.

Le gouvernement soutient toutefois que l’élection peut se tenir sans ce parti

Il affirme en effet qu’une trentaine de formations participent à ce scrutin, ce qui montrerait que les électeurs ont un choix. Mais la réalité est que l’essentiel de ces partis sont soit alliés avec la formation au pouvoir, soit composés d’anciens députés de l’Awami league. Il n’y a pas de réelle opposition ni d’alternative.

Et cette situation a été critiquée par différents pays, comme les États-Unis, qui ont annoncé qu’ils refuseraient des visas à « toute personne responsable de compromettre le processus démocratique ». Ce qui peut cibler de nombreux élus au pouvoir.

Malgré cela, la Première ministre Sheikh Hasina s’apprête à remporter un nouveau mandat

Le 4ᵉ d’affilée, et le 5ᵉ de sa carrière. Elle a ainsi contrôlé le Bangladesh pendant près de la moitié de l’existence de ce pays, et ce nouveau mandat sera sans partage : sans aucun député d’opposition au Parlement, et la dirigeante du BNP, l’ancienne Première ministre Khaleda Zia, en détention pour une affaire de corruption.

Cette femme septuagénaire a en plus la santé fragile.

Sheikh Hasina a bien développé l’économie du Bangladesh, le revenu par habitant y est maintenant supérieur à celui de l’Inde par exemple. Mais nous observons maintenant une dérive autoritaire qui réprime toute critique, comme les journalistes ou les chercheurs qui sont sanctionnés quand ils osent s’exprimer librement.

rfi

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