La 12ème édition du rapport sur le développement des E-Gouvernements du département des affaires économiques et affaires sociales des Nations unies vient de paraitre. Réalisée auprès des 193 pays membres de l’ONU, cette enquête étudie l’état de la transition numérique des gouvernements des États, à travers l’Indice de Développement de l’administration en ligne (IDEG).

À l’heure où les crises se succèdent sur la scène internationale, la gouvernance des États est plus que jamais poussée dans ses limites : résilience face aux chocs sanitaires induits par la pandémie de la COVID-19, insécurité alimentaire renforcée avec la guerre en Ukraine, précarisation des ménages, crise climatique… les situations d’incertitude généralisée fragilisent les structures étatiques. Leur capacité à maintenir la continuité des services publics essentiels est d’autant plus scrutée. L’étude s’est réalisée à plusieurs niveaux parmi lesquels, l’étendue et la qualité des services numérisés, l’état du développement des infrastructures de télécommunication, et l’indice du capital humain qui mesure le niveau de mobilisation des ressources économiques et professionnelles au sein de la population.

4 pays africains se hissent parmi les 100 premiers pays du classement mondial

Le rapport propose une analyse territoriale qui permet une lecture précise des performances en matière d’E-Gouvernement réalisées par les pays d’une même région. Le continent africain affiche la progression la plus remarquable et voit son IDEG croître de 3.6 points de sa valeur moyenne, tandis que l’Europe et les Amériques par exemple connaissent une augmentation de 1,7 et 1,5 points respectivement. Les classements des pays à l’échelle internationale ne révèlent ainsi qu’en substance l’état des efforts nationaux déployés par les États africains qui se retrouvent majoritairement en bas de classement. En revanche, l’analyse continentale est prometteuse et manifeste des signaux positifs de développement des services publics numériques en Afrique, où 59% des pays se situent dans le groupe IDEG moyen, et 30 % dans le groupe IDEG élevé – la tendance à la baisse de la représentation des pays africains dans les groupes IDEG faible et moyen est encourageante. L’île Maurice, les Seychelles, l’Afrique du Sud et la Tunisie intègrent les 100 premiers pays dans le classement global IDGE, avec des valeurs supérieures à la moyenne mondiale de 0,6102.

Les pays méditerranéens s’illustrent par des performances sectorielles notables
Le cas de l’État Tunisien est parlant. Le pays gagne la 88ème place du classement mondial (+3 par rapport à 2020) mais fait partie des 4 seuls pays du continent dont l’indice total est supérieur à la moyenne internationale (0.653), lui permettant de se hisser à la 4ème place sur le plan continental.

Parmi les performances des pays à revenu moyen inférieur, les États méditerranéens affichent également des scores remarquables dans des domaines clés. De façon générale, les États du bassin Méditerranéen se démarquent par leurs performances en matière de maturité du réseau, dit de « préparation » (Network Readiness), en dépit d’un niveau de PIB par habitant qui demeure relativement faible. Le Maroc, par exemple, se classe au 5e rang des pays d’Afrique affichant une performance au-dessus de la moyenne dans des catégories fondamentales, notamment, une réglementation solide et la contribution du numérique à la dynamique économique et aux Objectifs du Développement Durable. Au contraire, l’indice OSI relatif à la portée et la qualité des services en ligne reste bas (0,4721) par rapport à d’autres pays tels que la Tunisie dont le niveau de développement des infrastructures de télécommunication est similaire. Pourtant, le Maroc affiche une dynamique économique plus importante avec un PIB qui atteint les 132,7 milliards USD (2021) alors que la Tunisie est bien en dessous avec un PIB de 46, 84 milliards USD (2021).

L’Algérie, bien que figurant parmi les pays dont l’IDEG est élevé (catégorie 2 avec 0,5611), se trouve 112e au classement mondial (+8 places par rapport à 2020) mais arrive en 9ème place à l’échelle du continent africain et en 12ème parmi les États arabes. Pour cause, même si le pays se distingue par sa forte capacité à mobiliser le potentiel économique des citoyens avec un indice de 0,6956, au-dessus de celui de l’Égypte par exemple (0.6375), son indice en matière de développement des infrastructures de télécommunication (indice TII de 0,6133) demeure bien en deçà de celui de ses voisins méditerranéens (le Maroc avec 0,6676 ou encore la Tunisie avec 0,6646). Pourtant, le revenu national brut par habitant en Algérie (11 750 dollars PPA) dépasse celui du Maroc (8 020 dollars PPA) ainsi que celui de la Tunisie (11 270 dollars PPA)

Sur le continent, l’Afrique du Sud détient l’administration en ligne la plus développée (indice IDEG de 0,7357) lui permettant d’accéder à la 65ème place mondiale. Cependant, le pays affiche un score bien plus faible que d’autres pays tels que le Rwanda par exemple (119ème mondial) quand il s’agit d’évaluer la portée et de la qualité des services en ligne (indice OSI).

Ces données étudiées dans leur ensemble dressent un tableau positif et encourageant des progrès de digitalisation en Afrique. Les indices de développement des infrastructures de télécommunication et de développement des capacités humaines sont en nette amélioration. Ces indicateurs IDEG visent à comparer les performances entre les gouvernements étudiés mais ne sont pas représentatifs du niveau de développement de l’administration en ligne dans un pays donné mis en perspective avec les dynamiques nationales qui lui sont propres. Ainsi, les indices IDEG des pays à revenu élevé, ont tendance, aussi, à figurer parmi les plus élevés.

Ces indicateurs sont néanmoins des données clés, dans la mesure où la modernisation et la capacité d’adaptation des gouvernements sont de solides remparts face aux crises systémiques qui tendent à s’installer durablement sur le plan mondial.

Données 2021 Banque mondiale

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