RDC : qui sont les « combattants » qui attaquent les personnalités congolaises en visite à Paris ?

Le patron du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication congolais a été violemment attaqué près de Paris samedi 1er avril. Selon le régulateur de l’audiovisuel de la République démocratique du Congo, cette attaque a été menée par une poignée de « combattants », des membres d’un groupe de militants congolais violents qui sévissent dans plusieurs capitales européennes. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs revendications et leurs méthodes d’action ? Quelques éléments d’explications.

Les images filmées à la hâte ne laissent aucun doute sur la teneur de l’agression. Christian Bosembe, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) congolais, en visite le 1er avril en France, est la dernière victime en date des « combattants », un groupe d’activistes violents issus de la diaspora congolaise. Dans une vidéo d’à peine deux minutes, postée sur les réseaux sociaux, on peut voir le patron de l’instance de régulation rentrer à son hôtel à Argenteuil, près de Paris, accompagné d’un conseiller. En lingala, un petit groupe d’hommes l’invectivent et le traitent de « collabo ». Puis, très vite, le patron congolais est violemment entraîné dans un bâtiment avant d’être mis à terre et frappé.

Le petit film, véritable trophée de guerre des militants, est la marque de revendication du groupe. Il circule depuis sur les réseaux sociaux suscitant quelques encouragements des sympathisants de la cause et beaucoup d’indignation. L’agression a notamment été vivement condamnée par le ministre congolais de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya et par le CSAC.

L’organisme congolais a aussitôt fait savoir qu’il réclamait de la France une enquête : « Qu’un président d’une institution d’appui à la démocratie ait été agressé brutalement et lâchement, sans qu’aucune intervention ne soit menée, alors que le président Christian Bosembe est en mission officielle, en concertation avec des autorités françaises. C’est très choquant. Il a même été étouffé. C’était une tentative de meurtre sur un officiel de la RDC […] Le CSAC exige des autorités françaises des clarifications, des enquêtes, pour arrêter, juger et condamner les auteurs de ces crimes. Condamnation jusqu’au refoulement de ces professionnels du chaos que la France héberge afin qu’ils puissent également venir subir la rigueur de la loi, ici en RDC. »

Le Rwanda en ligne de mire
Les « auteurs de ces crimes » se présentent comme des « combattants », un mouvement composé de militants radicalisés né au Royaume-Uni en 2006 et qui a essaimé en France à partir de 2009. On le trouve également en Belgique et dans d’autres pays d’Europe occidentale, partout où la diaspora congolaise s’est installée. En France, on estime à une centaine le nombre de ces « combattants ».

Ces activistes sont de farouches opposants au régime de l’ancien président Joseph Kabila. Si certains soutiennent l’opposant Martin Fayulu, d’autres estiment que l’élection de Félix Tshisekedi n’a rien changé aux maux dont souffre la RDC. Les plus virulents militent pour une nouvelle république. « Ce sont aujourd’hui majoritairement des combattants de la deuxième génération qui, pour beaucoup, ne connaissent pas toujours bien les subtilités de la politique de leur pays d’origine », explique Colette Braeckman, journaliste belge spécialiste de la RDC. « Ils occupent souvent des petits boulots ou émargent au chômage. Des situations précaires qui contribuent à alimenter leur rancœur. Mais à l’origine, ils sont surtout très remontés par l’attitude du Rwanda qui agresse et pille la RDC via la rébellion du M23 au Kivu. »

Le conseil de sécurité de l’ONU assure également que le Rwanda soutient le mouvement du M23. L’organisation onusienne a même condamné les incursions de l’armée régulière rwandaise en RDC. Au Nord-Kivu en particulier, les affrontements entre le M23 et les FARDC ont forcé 900 000 personnes à se déplacer. Les besoins humanitaires, déjà immenses dans le pays, sont toujours plus grands. La crise humanitaire qui y sévit reste l’une des plus négligées au monde, condamnant les populations déplacées à vivre dans des conditions extrêmement précaires.

« Les combattants » se nourrissent de cette injustice et de l’indifférence générale de l’Occident pour faire grandir leur cause », poursuit Colette Braeckman. « D’une certaine façon, le combat est juste mais rien ne justifie leurs méthodes ».

Des méthodes terroristes
Pour se faire entendre, les « combattants » ont recours à la violence ; leurs actions coups de poings sont dignes des méthodes terroristes. Elles sont dirigées contre des responsables politiques ou des artistes proches, selon eux, de Joseph Kabila. La liste des victimes est longue. Parmi elles, l’ancien président du Sénat Léon Kengo wa Dondo. Cet ancien cacique qui a œuvré en politique sous le règne de Mobutu, a été piétiné, roué de coups avec des dents arrachés, le 31 décembre 2011 à la gare du Nord, à Paris. On compte aussi le sénateur She Okitundu agressé à Londres, en octobre 2006 ou le général Didier Etumba à Paris, en juin 2011.

Mais le coup d’éclat des « combattants » reste l’attaque au ketchup de l’ambassadeur de RDC à Paris. En avril 2015, un groupe de cinq personnes réussit à s’introduire dans l’ambassade pour asperger l’ambassadeur de sauce rouge symbolisant le sang des victimes congolaises. À cette époque, une fosse commune de 400 corps avait été retrouvée près de Kinshasa. Autre fait d’arme mémorable du mouvement : l’annulation du concert du chanteur congolais Héritier Watanabé, le 15 juillet 2017, à l’Olympia à Paris.

Un activisme tous azimuts
En ce qui concerne les artistes, le message porté par ces activistes est double. Il s’agit d’abord de s’en prendre aux musiciens et chanteurs qu’ils accusent de servir le pouvoir. L’autre motivation consiste à s’opposer à toutes les manifestations festives au prétexte que les Congolais ne doivent se laisser aller aux « distractions » quand d’autres meurent victimes du terrorisme ou de la répression.

« Des revendications insensées, surtout venant de gens qui vivent à plus de 8 000 kilomètres de la réalité », s’insurge un journaliste resté volontairement anonyme. « Comment prétendraient-ils faire la morale à tout le monde pendant qu’eux-mêmes font la fête chez eux et ne se soucient de « leurs frères de l’Est » que quand un artiste veut se produire en Europe ? Pourquoi seulement les artistes résidant au pays et pas les autres ? Maître Gims est congolais, pourtant personne n’a osé saboter ses concerts. Tant de questions qui dénaturent le « combat » de ces pseudo-combattants. Pire, les politiciens congolais, qui auraient pu être visés, ne sont nullement inquiétés lors de leurs séjours en Europe. »

Leurs actions coups de poings viennent aussi perturber le monde du sport. Au Royaume-Uni, l’équipe d’Arsenal, dont le président rwandais est l’un des sponsors, est régulièrement prise à partie par les « combattants ». La publicité touristique « visit Rwanda » flanquée sur l’épaule des joueurs de l’équipe londonienne est vécue par les « combattants » d’Outre-Manche comme une ultime provocation. Raison pour laquelle les activistes arborent aux abords des stades des maillots rouge sang détournés pour dénoncer les violences rwandaises.

L’influence russe
Les actions sont multiples car les membres ne sont pas alignés sur les mêmes revendications. « Il y a parmi ces opposants des Congolais originaires du Kansaï, détestant Kabila qu’ils voient comme une marionnette du Rwanda », poursuit Colette Braeckman. « Cette diaspora kasaïenne ne critique pas l’actuel président Tshisekedi – car il vient lui-même du Kasaï – mais remet en cause l’ingérence rwandaise. Il y a de l’autres côté, des Congolais originaires de la province d’Equateur, à l’ouest du pays, qui vivent dans la nostalgie du grand Zaïre du temps de Mobutu. Ceux-là sont de toutes les manifestations avec des drapeaux zaïrois et veulent faire table rase de l’actuel pouvoir ».

Nul ne connaît l’avenir de ce mouvement. Une chose est sure, la chercheuse belge estime que ses membres se sont progressivement radicalisés. « Leur discours est de plus en plus teinté de tonalité anti-occidentale. Cela est certes dû à leur situation précaire en Occident et à l’indifférence de l’Europe vis-à-vis des violences commises en RDC. Mais la propagande russe, via les réseaux sociaux, y est pour beaucoup. Moscou profite de la somme de ces rancœurs pour alimenter la haine de l’Occident. »

france24

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